Mercedes avait prévu de faire courir la 190E en rallye dès le début. La transmission intégrale a réduit ce projet à néant avant même qu'il ne commence. Des écuries privées l'ont fait quand même, à travers la France, l'Espagne, la Grèce, l'Allemagne et les Pays-Bas, sans aucun soutien officiel et avec des résultats considérables.
Lorsque Mercedes a commandé à l'équipe de Bruno Sacco le dessin de la W201 à la fin des années 1970, le cahier des charges sportif orientait vers le rallye international. Les dimensions de la voiture, son agencement à propulsion et la qualité de fabrication envisagée la plaçaient dans la cible des catégories d'homologation du Groupe A qui dominaient le Championnat d'Europe des rallyes.
En 1982, lorsque la 190E est arrivée à Genève, ce plan était obsolète. Le système de transmission intégrale quattro d'Audi avait redéfini ce que la victoire exigeait en rallye international. Une voiture à propulsion arrière, aussi bien conçue soit-elle, n'avait aucune chance réaliste d'obtenir des victoires absolues sur les spéciales du Championnat du monde des rallyes qui étaient devenues la vitrine déterminante du rallye.
Mercedes a mis de côté son programme de rallye d'usine et a réorienté ses ressources en sport automobile vers la course sur circuit, où la transmission intégrale n'était pas encore un facteur. Le DTM et le Championnat d'Europe des voitures de tourisme sont devenus les terrains de compétition de la W201.
Mais l'intégrité structurelle et l'équilibre du comportement de la voiture ont attiré des équipes privées à travers l'Europe qui y voyaient un potentiel dans les championnats nationaux et régionaux que les machines du WRC ne dominaient pas. Au cours de la décennie suivante, des 190E sont apparues sur les routes, des Alpes françaises aux montagnes andalouses, généralement sans sponsor, toujours financées par des fonds privés et souvent étonnamment rapides.
La France a produit la plus forte concentration d'activité de rallye pour la 190E. Le Championnat de France de Production, un championnat national réservé aux voitures de production du Groupe A, a offert à la 2.3-16 une plateforme compétitive à partir de 1985, et la présence de l'équipe Snobeck a permis à la voiture de bénéficier d'un véritable travail de développement plutôt que d'une préparation amateur.
L'équipe de Dany Snobeck a engagé la 2.3-16 à la fois dans le Championnat de France de Production et en ETCC dès la première année d'homologation de la voiture. Le championnat national français constituait un laboratoire utile, il se déroulait sur des revêtements routiers familiers du calendrier DTM, permettait un développement mécanique significatif selon les règles du Groupe A et attirait suffisamment d'équipes professionnelles pour fournir des données de concurrence significatives.
La liste des pilotes français ayant couru sur des 190E dans des épreuves nationales et régionales comprend des noms qui ont ensuite fait de belles carrières ailleurs : Didier Auriol et Philippe Bugalski (partageant une voiture à la fin des années 1980), Bernard Darniche, Alain Cudini, Jacques Selmi, Jean-Marc Texier, Jean-François Mourgues et Bruno Bouscary.
1985 – 1993 · Pioneer
Le Français qui a tout déclenché. Snobeck Racing Services a fait courir la toute première 190E 2.3-16 en compétition, lors du Championnat de France de Production 1985 et du Championnat d'Europe des voitures de tourisme, avant même que Mercedes ne s'implique officiellement. Snobeck a préparé son propre moteur pour atteindre environ 240 ch, a résolu les premiers problèmes de fiabilité du pont arrière et de l'embrayage au fil de deux saisons sur le terrain, puis a mis ce savoir-faire au service du DTM lors de trois saisons soutenues par l'usine. Il était également un pilote de rallye de renom, engageant la 2.3-16 dans des épreuves nationales françaises tout au long de sa période. Sans Snobeck, il n'y aurait pas de programme sportif Mercedes pour la W201.
1986 – 1988 · Pilote de rallye
Avant de devenir Champion du Monde des Rallyes avec SEAT en 1994, Didier Auriol était un pilote privé rapide sur la scène des rallyes française. Il a piloté une 190E 2.3-16 lors de plusieurs épreuves du championnat de France à la fin des années 1980, partageant un moment la voiture avec Philippe Bugalski (qui deviendra lui aussi vainqueur en WRC). La 190E d'Auriol était préparée aux spécifications complètes du Groupe A et se classait de manière compétitive face aux Peugeot 205 Turbo et Ford Sierra Cosworth qui dominaient les spéciales françaises à l'époque.
1986 – 1988 · Pilote de rallye
Darniche était déjà une figure célèbre du rallye français, vainqueur du Monte-Carlo en 1977 avec Lancia, lorsqu'il a amené la 190E 2.3-16 sur les spéciales. Ses campagnes ont attiré une attention médiatique considérable sur la 190E en tant que voiture de rallye et ont prouvé que le châssis pouvait être piloté à un rythme élevé sur des surfaces meubles et asphaltées. Son implication a conféré à la voiture une crédibilité qu'elle n'avait pas encore acquise par les seuls résultats.
1985 – 1993 · Circuit et rallye
Cudini a piloté pour Snobeck en compétition sur circuit et en rallye pendant la majeure partie de la période de production de la W201. Il est resté l'un des concurrents de la 190E les plus actifs en France sur une décennie et a contribué au développement des réglages de la voiture chez Snobeck Racing Services en paralléle du programme DTM.
1988 – 1995 · Pilote de rallye
Agelidis a piloté une 190E 2.3-16 en championnat national des rallyes grec pendant près d'une décennie. Ses campagnes ont mis en évidence une tendance plus générale : en Espagne, en Italie, aux Pays-Bas, en Allemagne, en Pologne et en Belgique, des équipes privées ont construit et fait courir des 190E Groupe A dans des championnats nationaux, largement indépendants du soutien de l'usine. La combinaison de la rigidité structurelle de la W201 et de sa suspension arrière multibras bien calibrée en a fait une base performante sur la terre.
Chaque pilote privé de rallye 190E dont nous avons la trace, avec son pays et la provenance de la voiture lorsque connue. 43 pilotes et ce n'est pas fini. Vous avez repéré un nom manquant ou vous avez des résultats à ajouter ? Dites-nous.
| Conducteur | Pays | Voiture / provenance |
|---|---|---|
| Giorgos Agelidis | Grèce | Rassemblements nationaux grecs, 2.3-16 |
| Gianki Albert | Italie | 2.3-16 |
| Paul Allerts | Pays-Bas | 2.3-16 |
| Holger Bohne | Allemagne | 2.3-16 |
| Pierre Bos | France | 2.3-16 |
| Bruno Bouscary | France | 2.3-16 |
| Rubén Cabeza / Gema Carballeira | Espagne | 2.3-16 |
| Robert Chenal | France | 2.3-16 |
| Philippe Chevallard | France | Ancienne voiture de Jacques Selmi |
| Boris Cottier | France | 2.3-16 |
| John de Heijde | Pays-Bas | Ancienne voiture de Hein Jonkers |
| Gérard de la Casa | Andorre | 2.3-16 |
| Harald Demuth | Allemagne | 2.3-16 |
| Luigi Fracasso | Italie | 2.3-16 |
| Tomás Gimeno | Espagne | 2.3-16 |
| Luis Gonzales | Espagne | Ex-voiture de Gimeno |
| Manfred Hinterreiter | Autriche | 2.3-16 |
| Dave Holland | Grande-Bretagne | 2.3-16 |
| Peter Holub | Allemagne | 2.3-16 |
| Michel Jongmans | Pays-Bas | 2.3-16 |
| Hein Jonkers | Pays-Bas | 2.3-16 |
| Fritz Köhler | Allemagne | 2.3-16 |
| Josef Kraus | Allemagne | 2.3-16 |
| Dominique Lambert | France | 2.3-16 |
| Gerard Magniette | Belgique | 2.3-16 |
| Tomasz Marciniak | Pologne | Années 1990 |
| William Massias | France | Vainqueur du Rallye de Dieppe 1990 |
| Marcin Miziak | Pologne | Années 1990 |
| Russell Morgan | Grande-Bretagne | 2.3-16 |
| Jean-François Mourgues | France | 2.3-16 |
| Uwe Nittel | Allemagne | Ancienne voiture de Harald Demuth |
| Frank Reiter | Allemagne | 2.3-16 |
| José Luis Rivero | Espagne | 2.3-16 |
| Peter Rumpfkeil | Allemagne | 2.3-16 |
| Sven Rumpfkeil | Allemagne | Fils de Peter Rumpfkeil |
| Claus Schreiner | Allemagne | 2.3-16 |
| Jacques Selmi | France | 2.3-16 |
| Jean-Marc Texier | France | 2.3-16 |
| Steve Thabard | France | 2.3-16 |
| Jan van de Marel | Belgique | 2.3-16 |
| Danny Vancoillie | Belgique | 2.3-16 |
| Valère Vandermaesen | Belgique | 2.3-16 |
| Dietmar Walter / Kurt Klein | Allemagne | 2.3-16 |
L'histoire du rallye de la 190E va bien au-delà de la France. En Espagne, des pilotes tels que Tomás Gimeno, Jose Luis Rivero et Rubén Cabeza ont piloté des 2.3-16 dans des épreuves régionales et nationales à la fin des années 1980 et au début des années 1990. En Allemagne, Holger Bohne, Harald Demuth et la famille Rumpfkeil (le père Peter et le fils Sven) ont concouru sur plusieurs saisons. Aux Pays-Bas, John de Heijde, Michel Jongmans et Hein Jonkers ont bâti une petite communauté active autour de la voiture.
En Belgique, Jan van de Marel, Danny Vancoillie et Valéré Vandermaesen ont couru sur des 190E dans des épreuves nationales. En Italie, Luigi Fracasso et Gianki Albert ont concouru avec la voiture. En Pologne, Tomasz Marciniak et Marcin Miziak ont piloté des 190E dans les années 1990. Le schéma se répète à travers le continent : une voiture de Groupe A dotée d'une véritable intégrité structurelle, d'une puissance décente en cours de développement et d'une disponibilité de pièces auprès d'un grand constructeur. Pour un pilote privé ne disposant pas du budget d'une M3, c'était un choix crédible.